Souffles

A Senegalese Love Story

A Senegalese Love Story 


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Chez Souffles, les pièces créées sont l’expression de ce qui nourrit mon âme à un moment donné. Chaque collection devrait donc t’être livrée avec son histoire, celle qui raconte l’esprit de la collection, de comment elle vous a été présentée et des pièces qui la composent. J’avais réussi à maintenir ces associations collection/histoire jusqu’à mon premier voyage au Sénégal, en avril. Depuis lors, "écrire l'histoire du Sénegal" trainait sur ma to do list et était inexorablement reporté de semaine en semaine. Sans que rien de correct ne me vienne.


Six mois passèrent et toujours rien. Entre le voyage en lui-même, les raisons qui l'ont motivé et mon amour inconditionnel pour un écrivain il y a longtemps décédé ... Je ne savais ni de quoi parler ni comment l’exprimer. Terrible syndrome non pas de la page blanche mais de la page raturée. Pas assez juste. Trop floue. Trop superficielle. Pas vraie.


Puis j'ai fait ce post sur Instagram où je dis qu'un jour peut-être je trouverai les mots ... Parce que, sans savoir si quelqu'un l'attendait vraiment cette histoire, il fallait que j'acte quelque part que j'arrêtais d'essayer de l'écrire.

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Puis hier j'ai été au théâtre.


Événement somme toute assez commun : fréquenter les "salles obscures" où des récits prennent chair compte au nombre de mes passions. Théâtre donc. Au programme : Je suis un poids plume. L'histoire d'une femme qui traverse une rupture et qui, pour surmonter le tourbillon d’émotions qui accompagnent cet évènement, se met à la boxe. C'est ce que j'en avais compris du moins, mais, de toutes façons et qu’on se le dise clairement : la seule évocation du mot "rupture" aura en réalité suffit à me faire réserver ma place.

Place que je prends au milieu de tout, bien en face de la scène de telle façon que quand Stéphanie Blanchoud, qui joue seule l'histoire d'une partie de sa vie, regarde au loin : j'ai l'impression que c'est moi qu'elle regarde. Peut-être que oui. Peut-être que j'ai juste envie de me sentir concernée aussi … ou juste moins seule.

Depuis ma rupture, que j’ai évoquée ici, il s'est passé presque deux ans. Je “m'en suis remise" comme on dit (et tout va bien, merci de demander 😊 ) mais je garde cet attrait pour les histoires de l'après, pour ce que les femmes "font de leur rupture". En quoi tu transforme tous les sentiments qui en découlent. Qu'est-ce que tu fais de tout l’émotionnel qu’il te reste sur les bras quoi ! Parce qu'il faut bien en faire quelque chose … Dans When I wear Black, j'avais parlé de Sophie Calle et de son projet autour de "Prends soin de toi", j'ai parlé du mien et j'en ai fait une collection. Alors quand j'ai vu "rupture" dans le programme du Théâtre des Martyrs, j'ai décidé d'aller voir ce que Stéphanie avait à dire de la sienne.

 


Seule en scène donc, avec tantôt sa corde, tantôt ses gants, Stéphanie évoque les étapes de sa rupture et comment en voulant d'abord se défouler, elle finira par développer une véritable passion pour la boxe.

Venir récupérer des affaires. Découvrir qu'il y en a une autre. Partager les meubles. Régler les assurances ... Les mots sont beaux, bien choisis et énoncés parfois de façon si saccadée que tu entends passer le long fleuve des espoirs déçus.

Mais la belle énonciation décrit tant de choses d'une vie d'adulte qui me parait si abstraite. Quand alors ...

Les lumières baissées et rougies, Stéphanie raconte :

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« J’ai refermé la porte. Pour la dernière fois. Et j’ai pris un billet d’avion. Je ne voulais pas frapper. Je ne voulais pas me poser. Je n’avais plus de chez moi. Je voulais respirer. L’Afrique.

L’Afrique, une aventure, ma vie, une transition, marcher le long des rues, des rues quasi désertes, croiser d’autres visages retrouver les odeurs, celles que je connais par cœur, l’horizon, avancer et laisser résonner tous les rires des gamins que je croiserais sur la route.

Avancer. Avancer sur cette terre brûlée comme est mon cœur, ramasser la poussière rouge comme est mon sang, sentir mon cœur qui bat et faire couler mes larmes, un déferlement de larmes … Puis prendre encore le temps, au milieu de l’Afrique, de refaire connaissance avec moi, de me sentir vivante autant que minuscule devant ces étendues, en tête à tête avec le rien.

La route est là, belle et inconnue, blessure secrète que je panserai comme les précédentes … »

 


Pause. Attendez …

Qui lui a dit ? Comment aurait-elle pu savoir ? Là, sur la scène, devant mes yeux écarquillés et mes oreilles tendues, elle vient de dire en 10 phrases les mots que j'ai cherchés pendant six mois. "J'avais besoin de respirer". C’est tout. Tout était là. Remplacez "Afrique" par "Sénégal" et vous y êtes.  La justesse de l’expression m’a fait manquer un battement.

Quand je suis sortie de la salle, j’ai été acheter le texte du live. Les mots se bousculaient dans ma tête alors j’ai attendu aujourd’hui pour écrire et vous dire qu’au fond, la rupture n’est pas ce qui compte en soi. La mienne était déjà là, passée et consommée depuis des mois quand j’ai envisagé ce projet. Non. Ce qui y est intéressant, quelle que soit l’histoire, c’est que la fin d’une chose est le commencement d’une autre. D’une passion de la boxe pour Stéphanie. De l’envie de vivre pour moi et de réaliser tous mes rêves. A commencer par celui-là.

 
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Le Sénégal était mon plus grand rêve. Ce qui est curieux : je n’en connaissais rien d’autre que les mots  que Senghor utilisaient pour décrire ce qu’il appelait son « royaume de l’enfance » et des tonnes de photos sauvegardées sur Instagram.

Mais toujours j’ai attendu : mon copain de l’époque qui voulait « vivre ça avec moi » puis une amie qui voulait « absolument m’accompagner » … J’ai attendu, repoussé, je n’y ai jamais été. Puis, comme Stéphanie : 1er avril 2018, j’ai refermé la porte et je suis allée vivre mon rêve : le Sénégal.

Et j’ai tant vécu !

Je me suis émerveillée du ciel et de ses couleurs d’instant en instant différentes. J’ai eu mon premier coup de soleil et ma première ( et dernière, qu’on se le dise) presqu’arrestation par la police. J’ai découvert Gorée et ses ruelles colorées qui ont ravi mon cœur et dans lesquelles, sous les regards curieux ou amusés, j’ai réaliser mes premiers shootings en solo et développé une esthétique qui me ressemble. J’ai été inspiré par les broderies et les étoffes et j’en ai fait des pièces à mon retour. Mais surtout, entre autres magnifiques souvenirs, un matin très tôt, je suis allée visiter la maison de l’enfance de Senghor et, sur la plage de Joal, j’ai marché dans le sable chaud « à la recherche du petit gamin aux fines jambes noires, lisses comme deux traits d'encre, qui courait sur la plage de Joal pour y attendre le retour de la pêche des longues pirogues ». J’ai vécu mon rêve.

Habillée, puisqu’il faut bien en parler (haha), des pièces que j’ai cousues patiemment au fil des mois en attendant mon départ. Belles, féminines, colorées et solaires, les pièces de cette collection resteront longtemps parmi mes favorites et les vôtres aussi d’ailleurs. Toutes ont été pensées pour ce voyage et les couleurs que j’y associaient. En revenant, la robe Indigo et l’ensemble en brodé Ceetal sont venues compléter les pièces crées avant de partir. Il y avait donc dans cette collection les pièces de l’attente et celles de la réalisation. Je trouve ça beau 😊.

 
 


Et au fait, j'ai regardé le reste de la pièce de théâtre. C'était toujours moi que Stéphanie regardait quand ses yeux se perdaient dans la salle. Et après ce que je venais d'entendre, il aurait été impossible de me faire croire le contraire 😊 .


S'il ne fallait retenir que quelques petites choses de cette histoire, ce ne serait pas que suis fascinée par les ruptures mais bien qu’elles ont à mes yeux une beauté douloureuse et toute particulière car elles rompent confort et habitude, ouvrent sur un inconnu, vaste jusqu'à l'horizon qu'il nous appartient, à nous uniquement, de découvrir. Une expérience égoïste dans le sens le plus positif. C'est une porte vers des possibles non limités par la volonté ou la prise en compte de l'autre. Des possibles qui vous sont propres. S'accomplir pour soi. Se découvrir parfois des capacités cachées. Pour Stéphanie ça a été la boxe, pour moi c'est Souffles, toujours et encore plus, mais surtout la capacité d’accomplir tout ce dont j’ai toujours rêvé.

Retenons aussi qu’il existe tant d’histoires d’amour mais qu’avant le Sénégal, Léopold Sédar Senghor ou (insérez ici ce que vous aimez) la première doit être avec vous-même. C’est ça, my senegalese love story.

 

Texte écrit le 16/11/18

Car il vaut mieux tard & bien.

With love, always :)

 Kyria